Risques liés au sol et au sous‑sol
L'interview partenaire
Patrice Latron Préfet de La Réunion
Quels sont les principaux risques naturels à La Réunion et comment les prévenir ?
Patrice Latron — La Réunion est un territoire exceptionnel mais très vulnérable, exposé à sept risques majeurs : cyclones, inondations, mouvements de terrain, éruptions volcaniques, feux de forêt, séismes et tsunamis. Son relief abrupt et les fortes pluies tropicales accentuent les aléas gravitaires. La prévention repose d'abord sur la connaissance scientifique et la planification spatiale, notamment à travers l’élaboration de plans de prévention des risques (PPR) et le déploiement de systèmes de surveillance, mais aussi sur une responsabilisation en matière d’aménagement. Les crises récentes montrent qu’une part importante des mouvements de terrain est d’origine anthropique, liée à des ouvrages défaillants ou à une mauvaise gestion des eaux pluviales. Adapter les pratiques constructives est donc prioritaire.
Comment qualifiez-vous l’appui du BRGM à la prévention de ces risques mais aussi à la gestion des crises cycloniques, comme lors du passage de Garance en 2025 ?
P. L. — L’expertise du BRGM est indispensable pour éclairer la décision publique et garantir la sécurité. Lors du cyclone Garance, sa réactivité a été exemplaire : 135 expertises de terrain ont permis d’émettre des recommandations pour 116 habitations, dont 20 évacuations définitives et 77 préventives. Un inventaire satellite a identifié 521 instabilités. Ce travail permet à l’État de cibler les mesures de sécurité et d’accompagner les collectivités pour la délocalisation des habitations menacées.
Présent à La Réunion depuis plus de cinquante ans, le BRGM a largement développé la connaissance géologique de l’île. Quels axes de travail sont aujourd’hui à privilégier ?
P. L. — Face à l’intensification des phénomènes extrêmes liés au changement climatique, les axes prioritaires sont : la protection des populations, par l’intégration des retours d’expérience des cyclones Belal et Garance dans les PPR, l’anticipation des risques littoraux et le pilotage des menaces connues ; la sauvegarde de la ressource en eau, par une meilleure évaluation des eaux souterraines et leur protection ; la transition énergétique, par la poursuite des programmes d’exploration de la géothermie profonde ; l’aménagement durable, en confortant l’économie circulaire via le schéma régional des carrières et en luttant contre l’érosion des sols afin de préserver nos récifs coralliens et notre biodiversité. Les synergies entre le BRGM et les administrations locales, les collectivités et les acteurs de la recherche doivent se poursuivre et se renforcer afin de faire de La Réunion un modèle en matière de gestion des risques et de développement durable.