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Risques et aménagement du territoire

Résultat remarquable / Vers des réponses naturelles adaptées aux phénomènes induits par des événements météorologiques

Introduction d'entête
Le BRGM a participé au projet européen Phusicos, qui visait à évaluer l’efficacité de solutions fondées sur la nature (SFN) pour prévenir la survenue de mécanismes engendrés par les aléas climatiques, en particulier en montagne. L’établissement a notamment produit une base de données de référence pour faciliter le recours aux SFN.
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« Dans un contexte de changement climatique, il convient de s’orienter vers des solutions moins émettrices de CO2, moins “grises”, pour réduire les risques naturels et protéger les populations : des “solutions fondées sur la nature” (SFN), qui s’appuient sur la biodiversité ou consistent en des ouvrages construits avec des matériaux comme le bois, les pierres… », explique Séverine Bernardie, experte en glissement de terrain.

Si le BRGM travaille depuis longtemps sur ces problématiques, il s’est concentré ces dernières années sur l’apport des SFN dans la réduction des risques hydrogravitaires (chute de blocs, glissement-érosion, avalanche de neige, laves torrentielles) en zone de montagne, dans le cadre du projet H2020 Phusicos (2018-2023). Un projet coordonné par l’Institut géotechnique norvégien (NGI), qui réunissait 15 partenaires de 7 pays autour d’un objectif : démontrer que les solutions fondées sur la nature pour réduire le risque de phénomènes induits par des événements météorologiques sont techniquement viables, rentables et applicables à l’échelle régionale, tout en augmentant la résilience écologique, sociale et économique des communautés locales.

De concert avec les acteurs locaux

« Nous avons travaillé plus particulièrement sur la prévention des chutes de blocs sur un site des Pyrénées, à Artouste, précise Séverine Bernardie. Ce choix a été fait de concert avec les acteurs locaux, à partir de leurs besoins, de leurs attentes et de leurs implications dans le projet, en plus de critères financiers. Nous avons réalisé des études pour caractériser l’aléa, quantifier le rôle de la forêt existante en tant que SFN et identifier de nouvelles solutions mieux adaptées pour réduire cet aléa, qui ont ensuite été mises en œuvre. » C’est ainsi qu’ont été installés des tripodes en bois dans les zones de départ potentiel de blocs, pour les stabiliser, et des ouvrages en bois dans les zones de propagation des blocs, pour les arrêter.

L’évaluation de ces solutions se fera sur plusieurs années, en englobant les bénéfices en termes de réduction de l’aléa mais aussi les co-bénéfices économiques, écologiques et sociaux. « Nous avons élaboré un protocole qui assurera la qualité et la pérennité du suivi et de l’analyse sur le long terme des solutions mises en œuvre sur ce territoire, grâce également à la participation d’un groupe de travail très investi localement. » Cette démarche permettra de tester les performances des ouvrages en bois face aux impacts de blocs et au vieillissement dans le but, in fine, de normaliser le dimensionnement et l’usage de ces solutions.

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 Blocs s’étant propagés jusqu’en tête du mur de soutènement qui surplombe la route à Artouste. © BRGM

Une quinzaine de critères

Ce travail d’évaluation, le BRGM l’a mené, en parallèle, sur 187 exemples de solutions fondées sur la nature mises en œuvre à travers le monde. Un imposant travail de documentation, de description et d’analyse, structuré par une méthodologie reposant sur une quinzaine de critères : la faisabilité technique de la SFN, le coût de sa mise en œuvre, son efficacité en termes de réduction de la fréquence du phénomène, la gestion et la maintenance, le nombre d’emplois créés en lien avec cette SFN, la préservation de l’environnement et de la biodiversité, l’implication de la communauté locale, sa perception de la solution et de la situation…

« Nous avons développé, à partir de cet inventaire et de notre évaluation, une base de données qui permet de savoir, pour chaque SFN étudiée, dans quel contexte et à quelles conditions elle est adaptée, de connaître ses performances mais aussi les impacts engendrés, qu’ils soient positifs, négatifs ou neutres », souligne Séverine Bernardie. Libre et ouverte, cette plateforme web (phusicos.brgm.fr) a vocation à être mise à jour en continu et enrichie de nouvelles études de cas, pour servir de référence en matière de prévention des risques et d’aménagement du territoire au moyen de solutions fondées sur la nature.

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Exemple d’ouvrage construit à Artouste (Pyrénées françaises) pour stabiliser des blocs rocheux en amont d’une route stratégique (2022). © BRGM

Lever les principaux obstacles

Le projet Phusicos a permis, en outre, d’identifier les principaux obstacles à la mise en œuvre de SFN : manque de réglementation pour ce type de solutions, inadaptation des modes de financement, besoin de documenter le vieillissement des ouvrages, de normaliser les différentes solutions, de mettre en place des stratégies de communication… Un bilan des recherches et des actions complémentaires à mener pour faciliter le recours aux SFN a notamment été dressé, ouvrant potentiellement la voie à de nouveaux projets dans le but de développer le retour d’expérience et de promouvoir des solutions inspirées par la nature efficaces et durables.

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Vue 3D d’un versant surplombant une route très fréquentée à Artouste et exposée aux chutes de blocs. La nature des sols est caractérisée sur l’ensemble du versant à partir d’une analyse conjointe de la distribution des pentes et de la rugosité locale à différentes échelles. Les résultats sont validés par comparaison avec des points d’observation au sol (points cerclés de noir). Ces données servent ensuite à la modélisation de la propagation des blocs dans le versant. © BRGM

Portrait de l'auteur
Séverine Bernardie
Prénom de l'auteur
Séverine
Nom de l'auteur
Bernardie
Métier de l'auteur
Experte en glissement de terrain
Dans un contexte de changement climatique, il convient de s’orienter vers des solutions moins émettrices de CO₂, moins “grises”, pour réduire les risques naturels et protéger les populations : des "solutions fondées sur la nature" (SFN), qui s’appuient sur la biodiversité ou consistent en des ouvrages construits avec des matériaux comme le bois, les pierres…